Chansons et poésies du travail

1. Le bonheur du travail

1 - On rigole rarement avec le travail

 

 Si les gourous du management estiment qu’il faut rire au travail pour produire mieux, le boulot lui, fait rarement rigoler la France. A part la chanson célèbre,  « Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver » interprétée  par Henry Salvador sur des paroles de Maurice Pon,  où encore  Balayer, astiquer de Zouk Machine qui, certes, évoque le travail féminin mais surtout sa contrepartie amoureuse « Pa mandé bibi rété kon madon », il est difficile de trouver quelque chose d’hilarant.

 

Certes côté rire jaune il y a également l’humour grinçant des Charlots avec Merci patron « Quand on arrive à l´usine La gaité nous illumine», ou encore Albert le contractuel, sans oublier le délicat Tango Corse (Rémo Savastano et Georges Pirault) mais aussi la provoquante complainte du P3 de Jean Yanne. Une voix à part et très cool, celle de Pierre Vassiliu qui, ne voulant pas creuser sa tombe, préfère sa Chérie Lou ou sa Charlotte celle qui « Les jours de fête dans le métro vend des culottes des castagnettes ».
 

Plus discret Eddie Constantine prône une philosophie du même ordre sur des paroles de Charles Aznavour avec Et bailler et dormir « Je ne fais rien de mes dix doigts ». Et si Baschung vante la « petite entreprise » cela n’est pas tout à fait celle à qui l’on pense ! Quant au Poinçonneur des Lilas, de Gainsbourg, c’est délibérément de la provocation… « Paraît que y a pas de sot métier - Moi je fais des trous dans des billets »

 

 

2 - La nostalgie d’un travail perdu

 

C’est qu’il fait souvent trop beau pour travailler (Les Parisiennes) où alors  que le travail salarié et son assujettissement possèdent une vertu sacrée. Un dieu travail ou un travail dieu ? Il est exact que Yahvé créa la terre en « travaillant » pendant 6 jours puis qu’il dit à Adam et Eve « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain… »

 

Chassés du paradis pour une histoire de pomme,  il faut donc travailler pour vivre si l’on en croit la Cigale et la fourmi  de Jean de la Fontaine, fable immortalisée par Pierre Péchin. Mais, néanmoins,  souvent, poésies et chansons montrent le travail agricole préindustriel comme un univers de bonheur, où, faute de ciel,  la seule vraie richesse est le travail de la terre si l’on en croit l’aristocrate moralisant Jean de la Fontaine avec Le laboureur et ses enfants,   et les belles semailles de Victor Hugo mettant en scène un paysan pourtant plutôt pauvre et mal fagoté :

 

Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

 

Chansons et poésies évoquent alors une relation harmonieuse avec la nature et les animaux si l’on écoute la chanson de Pierre Dupont « J’ai deux grands bœufs », Jacotte Perrier avec la poule et ses poussins mais aussi, plus près de nous, Jean Ferrat avec La montagne, Catherine Sauvage Grand papa laboureur, le vigneron de Carlo Boller, les bergers de Jacques Brel. Nostalgie encore avec Anne Sylvestre et les bâtisseurs de cathédrale Il s’agit donc d’une paix par le travail, la semence, la famille, l’amour de la Patrie, de l’église et de la terre comme en témoigne Maréchal nous voilà « N'écoutons plus la haine- Exaltons le travail » (André Montagard et Charles Courtioux). Lui répondra plus tard une autre Maréchal chanté par Juliette Gréco. La chanson encense aussi les jardins de notre enfance avec les merveilleuses " salades de l'oncle François" ou la poule et ses poussins deux comptines interprétées par la fraîche Jacotte Perrier. Côté écologie, le sujet apparait déjà avec le Gardien de phare et les oiseaux de Jacques Prévert. Hélas le paradis agricole connait aussi quelques problèmes de transformation économique comme le chante Marc Ogeret sur un texte de Luc Bérimont, Galice

 

Sur ce sujet des métiers, la sociologue .J.A Deniot [1]écrit : « Sur un plan général, l’image chantée du travail du fond musical français est d’abord celle du métier à valeur compagnonnique, du métier de corporations ou d’artisanats. L’ouvrage chanté est au mieux celui de la fabrique, plus volontiers celui de l’échoppe ou celui de la balle des divers commerces ambulants. ». C’est ce que nous allons maintenant évoquer.

 

3 - Chansons et poésies sur les métiers

 

D’abord quelques textes de poètes. Dans  Sur le Pont vieux , José Maria de Hérédia évoque le Maître orfèvre tandis que Nicolas Boileau rend hommage à  mon jardinier  et Arthur Rimbaud  avec sa bonne pensée du matin parle des charpentiers. Dans la porte Guillaume Apollinaire évoque le métier de portier mais aussi, dans une autre poésie, les prolétaires. Théophile Gautier, lui, fait l’éloge de l’art et de la matière. Avec humour, Gaston Couté conseille un bon métier et Esther Granek tresse un joli portrait des ménagères. Dans la ballade de la visite nocturne, un des très beaux textes de la langue française, Max Jacob brosse un saisissant portrait du veilleur de nuit de l’hôtel Nolay mais aussi évoque le taxi qui « rama ramena presqu’évanoui un homme en pleurs… »

 

Coté chansons, en France,  Louis Bousquet rend immortelle la Caissière du grand café, Charles Trenet fait s’envoler le Facteur, Maurice Chevalier la chanson du maçon, Francis Lemarque connait le succès avec les routiers et le petit cordonnier,  Leo Ferré plonge dans les profondeurs avec le scaphandrier. Berthe Sylva fait vivre le raccommodeur de faïence et de porcelaine et évoque le milieu ouvrier avec le p'tit Bosco (Scotto). Prévert met en scène le Plombier zingueur.

 

Anne Sylvestre parle de son grand père Richard, chef de gare,  Ricet Barrier chante putain de métier et met en scène la servante du château. Georges Brassens et sa pipe enjolivent les pompes funèbres, réhabilite les fossoyeurs avec pauvre Martin, encense les accordéonistes avec mon vieux Léon, ainsi que les poètes sur un texte de Jean Richepin.  Michel Emer et Edith Piaf nous donnent aussi à voir l’accordéoniste.

 

Guy Béart évoque les bureaucrates, Pierre Perret le plombier, le représentant en confitures, les postières, Claude Celler tombe amoureux de madame Pipi, Henri Salvador déclame le blouse du dentiste, Jacques Dutronc rêve d’être une hôtesse de l’air [2], Ricet Barrier chante le crieur de journaux et Annie Cordy la bonne du curé.  Georges Bastogne décoiffe avec Coiffeur-coiffeuse et Serge Reggiani avec le Barbier de Belleville. Brigitte Fontaine expédie une lettre au Chef de gare de la Tour de Carol, Alain Leprest nous enchante avec l’horloger ainsi que Giani Esposito avec le clown,  Jean Roger Caussimon avec les comédiens, Serge Debronckart Je suis comédien, Anne Sylvestre avec le pêcheur de perles.   Céline Dion dérange avec la religieuse tout comme Brassens l’avait fait avec la sienne. André Claveau signe le Rémouleur, mais aussi les routiers, la biaiseuse, Maître Pierre (meunier) ou le Petit cireur noir.  Paul Fane écrit "Jehan le tailleur de Pierre" et  James Ollivier interprète Le poétique  rémouleur de Luc Bérimont.

 

Serge Gainsbourg tire sur les déménageurs de piano et on célèbre avec les Orgogoriental les organistes. Serge Lama met en lumière la chanteuse à vingt ans, les Frères Jacques la violoncelliste, Cora Vaucaire la grosse dame chante, Jean Noël Dupré la vie passionnée d’un chanteur de bal et Soldat Louis le sonneur de Quimperlé. Ricet Barrier immortalise la servante du chateau ; les hommes grenouilles , le Putain de métier ou le crieur de journaux. Annie Cordy et Marie Paule Belle se taillent un franc succès avec la Biaiseuse et Jacqueline François met en rythme les Lavandières du Portugal de Roger  Lucchesi

 

L’éducation n’est pas en reste avec l’institutrice de Dick Annegarn, monsieur le professeur de Hugues Aufray, la maitresse d’école de Maxime le Forestier et Brassens et le maître d’école de Bourvil. On connait par ailleurs les succès du Lycée Papillon, de l’école est finie et de Graeme Allwright avec Qu’as-tu appris à l’école et Petites boîtes. La merveilleuse Maria Szuzanna de Michèle Bernard, le tendre Alain Souchon qui a toujours dix ans. Et puis Renaud avec c’est quand qu’on va où ?

 

La police n’est pas oubliée avec le métier de Luis Rego, Flic de paris de Jehan Jonas. L’armée est également l’objet de nombreuses chansons. Je retiens général à vendre de Francis Blanche par les Frères Jacques ou encore le rire du sergent, mais surtout quand un soldat de Francis Lemarque.

 

En face, les montes en l’air et brigands sont aussi au turbin avec les perceurs de coffre fort des Frères Jacques, les faux monnayeurs par Robert Marcy monsieur Bébert évoqué par Georgius, Bonnie and Clyde de Gainsbourg, la valse des montes en l'air par Marc Ogeret, sans oublier "Arthur où qu't'as mis le corps..." De Vian et Reggiani

 

Mais l’usine monde ne chante pas. Elle travaille et exploite. La pièce de la machine y est, dit-on, plus précieuse que la compétence de l’ouvrier. Claude Dubois chante le blues du businessman. Pierre Dupont qui créa le Chant des ouvriers fut exilé pendant sept ans par Napoléon III. Et sa chanson est toujours censurée sur Youtube alors que le bien pensant Credo du paysan continue sa route.  de La prochaine fois nous explorerons le monde des chansons ouvrières et, au-delà celles du travail forcé.

 

Jean-Marie Quiesse décembre 2016 - octobre 2017 - Mise à jour 15 08 2018

 

[1] http://www.lestamp.com/article.ouvriers.des.chansons.htm

[2] Dont une auditrice dira sur Youtube « j’ai danser(sic) sur cette chanson dans l’arbre de noel avec l’ecole »

2. Les chansons du travail - Quand le travail déchante

Bagnards en transit aux Saintes
Bagnards en transit aux Saintes

1. Au travail ! 

 

Au travail ! Au travail ! qu’on entende partout
le bruit sain du travail et d’un peuple debout !
Que partout on entende et la scie, et la lime,
La voix du travailleur qui chante et qui s’anime !

 

Auguste Brizeux, poète,  ouvre donc cette dix-huitième leçon sur la Rime française consacrée aux chansons du travail avec ses déclinaisons éternelles : emploi, métiers, souffrances mais aussi, puisqu’il n’y a pas de vie sans travail, la lutte pour l’espoir d’un travail libérateur et, s’il est considéré comme tel, pour son maintien à travers la tribulation des évolutions technologiques et économiques. Et les travailleurs qui longtemps ne savaient ni lire et écrire se sont exprimés sur ce sujet à travers la chanson.  Car le travail participe d'un effort humain qui, loin des images convenues si souvent colportées, apparait bien plus proche  du poème de Jacques Prévert que des stéréotypes :

 

L’effort humain porte un bandage herniaire
et les cicatrices des combats
livrés par la classe ouvrière
contre un monde absurde et sans lois
L’effort humain n’a pas de vraie maison

 

Mais tous les poètes ne sont pas des chantres du travail, qu’il soit agricole ou industriel ainsi le mouvement surréaliste rejette l’ordre répugnant et facile du travail »[i] et Aragon déclarera "Ah ! banquiers, étudiants, ouvriers, fonctionnaires, domestiques, vous êtes les fellateurs de l’utile, les branleurs de la nécessité ! Je ne travaillerai jamais, mes mains sont pures » [ii]

 

Et le travail est aussi vécu pour beaucoup comme une triste condition non choisie comme le chante Victor Hugo

 

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules

 

Il faut attendre 1874 pour voir les premières règlementations sérieuses en matière de travail des enfants. La Commune est passée par là et souffle un nouvel air de liberté :

 

Oh ! quand viendra la belle ?
Voilà des mille et des cents ans
Que Jean-Guêtré t'appelle
République des paysans !

 

Avait chanté dès 1849 Pierre Dupont, poète et chansonnier.

 

Seule la scolarité obligatoire mettra fin au travail des jeunes enfants (Loi jules Ferry en 1882).

 

2. Chansons des mineurs

 

En ce domaine,  l’importance des chansons de mineurs est parfois plus historique que musicale, mais celles-ci sont un merveilleux témoin de l’histoire sociale. «J’ai été membre d’un nombre incalculable de syndicats. Et nous n’avions pas de grands journaux ou de stations de radio pour raconter notre version de l’histoire. Nous n’avions pas de juges ou de forces de police. Nous avions les hommes», racontait Woody Guthrie.

 

Les groupes et chanteurs de mines ont toujours été importants. Ils étaient, dit-on,  même parfois payés à chanter par les entreprises qui les embauchaient pour soutenir leurs compagnons de travail. Ainsi la chanson Sixteen Tons de Merle Travis

 

«Only a miner, bury him quick;
Just write his name on a piece of a stick.
Though humble and plain be the poor miner's grave
Beyond, all are equal, the master and slave.»

 

«Ça n’est qu’un mineur! Dieu si tu le souhaites/Ecris son nom sur un morceau de bois/Bien que la tombe du mineur soit humble et banale/Dans l’au-delà, ils sont égaux, le maître et l’esclave»

 

Le rapport de force est encore loin d’être inversé avec l’arrivée des syndicats. «We told the Colorado governor to call the President/Tell him to call off his National Guard/But the National Guard belong to the governor/So he didn't try so very hard» («On a demandé au gouverneur du Colorado d’appeler le Président/Pour lui dire de rappeler sa garde nationale/Mais la garde nationale appartient au gouverneur/Alors il n’a pas beaucoup essayé»), chanta Woody Guthrie en hommage aux victimes du massacre de Ludlow.

 

3. Les chansons du travail forcé

 

Le problème, très souvent posé, réside en effet dans l’exploitation des vies humaines à travers le travail forcé. « Foule esclave, debout ! Debout » proclame l’internationale d’Eugène Pottier et Pierre Degeyter, et plus loin  « Ouvriers, Paysans, nous sommes Le grand parti des travailleurs ». Libérer le travail  ou les travailleurs ?

 

L’esclavage est la pire des conditions et il a fleuri pendant des siècles. Deux millions d’esclaves d’Amérique ont souffert. Ils nous ont légué les plus belles chansons de travail, les Work songs » qui évolueront vers le Négro spiritual, le soul et les tonalités modernes d’outre atlantique. Monangamba est une très belle chanson de Antonio Jacinto, poète Angolais, mise en musique par Colette Magny. Elle évoque les travailleurs sous contrat. Elle est aussi mise en musique et chantée en brésilien par Ruy Mingas.

 

En France, le travail forcé a touché des centaines de milliers de prisonniers de droit commun, des condamnés politiques, religieux, des esclaves musulmans achetés ou capturés, des esclaves chrétiens de l‘autre côté de la Méditerranée.

 

On a guère de trace des chansons des galériens de Louis XIV[iii]. Citons ce texte d'un certain  Pierre de Blatty

 

Les habits qu’on me donne
De grosse toile étaient
Une chemise rouge
Aussi est le bonnet.
Une chaîne à mes pieds.
Pour pleurer mes péchés
J’endure autant de mal
Que les pauvres damnés.

 

Passés des de la rame à la construction des navires de guerre de Vauban, les galériens se transforment alors en bagnards,[1]

 

4. Chansons du bagne

 

Ainsi, le bagne de l’ Algérie accueille plus de 9000 républicains opposés au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte en 1851. En 1870, ce sont plus de 7000 communards (dont la  célèbre Louise Michel) , engagés dans le soulèvement de la Commune et ayant échappé au peloton d’exécution qui prennent la route de Nouméa en Nouvelle Calédonie

 

Peu de trace de bagnards poètes tels Julien Lespès ou Julien de Sanary. Mais les bagnards nous ont laissé la chanson de la Veuve : « Ont-ils une masse pesante à déplacer, une ancre, un canon… vite un des travailleurs entonne une chanson, et tous répètent le refrain. Parmi ces chansons, il n’en est point dont l’air soit plus lugubre… que la Veuve »[iv]. Bruant chantait dans Cayenne « MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bas ceux d'la sureté ». Cette chanson a été reprise plusieurs fois. En 1876, le communard Jean Allemane écrivit « le chant des transportés » Après son reportage sur le bagne de Cayenne, Albert Londres nous a écrit  «La Belle" . Jacques Higelin chante une magnifique "Cayenne c'est fini". Le "transporté", Jean Fagot n'est pas si anonyme que cela puisqu'il nous a laissé une chanson sur le bagne.

 

Et le très beau texte anonyme dit "le chant de l'Orapu" :

 

Chacun pour le travail s’arme d’une bricole
Et dans la forêt sombre s’avance en titubant.
L’on dirait des démons, la sarabande folle.
Car l’enfer est au bagne et non pas chez Satan.
L’on franchit les rouleaux, on tombe, on se relève.
La vase et les chicots, rien ne doit nous lasser.
Pour nous l’on ne connaît que ces mots, marche ou crève.
Le Loire porte en ces flancs de quoi nous remplacer

 

Mac Orlan écrivait : « Il est difficile d’épuiser, même en des eaux-fortes à la manière noire, les méditations que fait naître la sentimentalité des chansons de bagne et de prison, car elles évoquent les décors les plus secrets des sociétés humaines où l’instinct commande à la raison. » (Préface du disque Chants de Galères, Bagnes et Prisons par les Quatre Barbus, disque Barclay n° 80 276).

 

Une pensée spéciale pour Jean Genet et les bagnes d'enfants où, d'après Marie Rouannet "Les enfants travaillent près de treize heures par jour, sauf le dimanche". Jacques Prévert écrira la Chasse à l'enfant. Le bagne de Belle-Isle ne fermera qu'en 1977.

5. Chansons et poésies du trottoir

 

La prostitution peut être considérée comme un travail forcé, puissamment organisé et mondialisé à l'envers du décor bien pensant. Je renvoie à l'ouvrage de Catherine Salles Les bas fonds de l'antiquitéIci, pas de héros, mais un monde parfois stupéfiant où règnent les proxénètes, les courtisanes misérables et les enfants que l'on vend pour les plaisirs des grands (Babelio). Les Chansons du trottoir ont fait l'objet d'un album.

 

Côté poètes citons Villon avec la Ballade de la belle Heaulmière aux filles de joie, Sully Prudhomme avec rencontre, Baudelaire avec Les plaintes d'un Icare, Tristan Corbière avec Le Bossu Bitor, Vénus Anadyomène de Rimbaud. 

 

 

A l'époque contemporaine, les réseaux ont été particulièrement visibles à travers les ports et les villes de garnison de l'empire colonial. Voyez la Vivandière du régiment de Béranger.  Pierre Mac Orlan en fait l'objet de nouvelles et de romans, mais aussi de reportages tel "Rues secrètes", véritable voyage littéraire dans plusieurs quartiers chauds du monde. Ses chansons mettent en scène avec beaucoup d'humanité ces femmes et les milieux où elles évoluent. Ainsi Tess dans la Fille de Londres, chanson créée par Germaine Montero  celle des exilées de l'île de la Providence (Tortuga), la Chanson de Margaret. Paris est également le décor d'une pléiade de complaintes.  Le terme de Pierreuses et Rodeuses est employé par J.P. Charles / J.B. Lenoir dans la Vilette "Chez les puretins, parmi les catins et le pure gratin des pierreuses". La Butte Montmartre sert souvent de décor notamment dans la Complainte de la Butte de Jean Renoir et Georges Van Parys. Beaucoup d'autres chansons sont créées  par Aristide Bruant dont la plus célèbre reste Rue saint Vincent (Rose blanche) . Yvette Théraulaz et Dominique Rosset interprètent la Chanson de la prostituée. Les filles de joie de Augustin Bézier, elles, sont plutôt faites pour l'ouvrier
Ils viennent chez toi
chercher un peu de charme,
dans tes bras de gamine,
ils oublient la machine.
Les jours après les jours,
les nuits dans le même lit

 

Bien sûr  on n'oublie pas Julie la Rousse de René Louis Laforgue, Est-ce ainsi que les hommes vivent de Aragon, Jolie Môme et Paris Canaille de Leo Ferré, Knokke-le-Zoute de Jacques Brel,   la Complainte des filles de joies de Georges Brassens, la Demoiselle du déshonneur de Dassin, les Petites femmes de Pigalle de Serge Lama, Mon cœur est au coin d'une rue, Milord ou encore Marie Trottoir interprétées par Piaf, l'Autre femme de Delanoe et Sardou, Sarah (Moustaki), On est tous des putes ( Henri Tachan-Jean Bouchéty), Sale pute de Hip Hip, TTC,, Femme publique de Noé Willer, Gynécée de HF Thiéfaine,  et, pour finir, cette litanie, De jolies putes, vraiment de Barbara et Rémo Forlani

 

Nous avons eu mam'zelle Pompon,
Nous avons eu la gross Charlotte,
Ninie de Vannes et la Zonzon
Qui arrosait chaque soir sa motte
Au cognac et au marsala.
Nous avons eu Marie Ficelle
Qui revenait de Douala
Et qui chatouillait le colonel

 

 

6. Et les autres

 

Travailleurs forcés, ils le furent aussi,  ces prisonniers de guerre en Allemagne et surtout les déportés dont voix se mêle toujours  aux nôtres  dans le chant des marais.

 

 

Et nous finirons cette leçon en évoquant les luttes ouvrières (voir la leçon 12 sur les chansons de révolte et de combat) en choisissant la grève des ouvriers de la banane en Martinique par Kolo Barst.

 

Jean-Marie Quiesse, février 2017 - Mise à jour septembre 2018

 



[1] Le dernier bagne français a été fermé en 1954


[i] La révolution surréaliste, n° 4, juillet 1925 ; l’inscription figure sur la page de couverture.

[ii] Louis Aragon, Chroniques, op. cit., p. 236. – Article des Etudes Littéraires n)40 https://www.erudit.org/revue/etudlitt/2009/v40/n2/037968ar.html#no1

[iii] Déserteurs, contrebandiers, faux-monnayeurs. Après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, les protestants sont systématiquement condamnés. A cela se rajoutent les opposants politiques. Environ 7000 galériens.

[iv] Encyclopédie morale du 19ème siècle

Sur le Bagne voir "Adieu Cayenne" de Michel Pierre