Le livre de mer

Catherine Poulain, un grand marin

 

«J’aurais voulu être un bateau que l’on rend à la mer»,

 

  Le Grand marin, c’est un grand livre, celui d’un grand amour. Amour de la mer, des bateaux, du combat, de amour aussi des grands marins et d’un en particulier. C’est aussi l’amour de l’aventure. La vie semble souvent se partager entre le sédentaire terrien qui angoisse à l’idée de partir et le nomade, parfois marin,  qui ne tient pas en place, angoisse à l’idée de rester et rêve de revenir.

 

Lily est de la race des seconds avec ce qu’il y a d’animal dans ce désir de courir, bouger et chasser l’essentiel qui se résume souvent à calculer, régler sa voilure ou le mouvement du chalut, bref travailler à la réalisation de son rêve. Parce qu’aimer c’est partir comme le dit Cendrars, Catherine Poulain est une éternelle partante à la pêche aux faits bruts de l’existence. Elle ne se pose jamais la question du pourquoi partir. Elle est comme les chiens de traineau du Grand Nord qui, dit Paul Veyne, « tirent parce qu’ils trouvent ça intéressant… »

 

Catherine Poulain quitte Manosque à 20 ans, poussée par un «besoin de partir urgent et nécessaire».  Elle ne veut mourir ni d’ennui ni de malheur. Elle dit : « On nous répétait que les garçons avaient le droit de faire des choses que les filles n’avaient pas le droit de faire. J’ai décidé très tôt qu’on ne m’imposerait pas ces contraintes ». Elle trie les poissons dans une conserverie islandaise, ramasse des pommes au Canada, travaille comme barmaid à Hong-kong. Et puis, pendant dix ans, c'est la pêche en Alaska, « the last frontier ».

 

Portée par le vers de l’Emigrant d’Apollinaire «Mon avion partira demain pour l’Alaska et je ne reviendrai jamais.», elle embarque, sans papiers et sans rien connaître du métier, sur le «Rebel» pour la pêche à la morue noire, au flétan ou au saumon. "Trois semaines après mon arrivée, il n’y avait plus que Kodiak. L’île, le port, le bateau pour lequel je travaillais. Le reste avait cessé d’exister". Ses compagnons de haute mer l’appellent «Lili», «le Moineau» ou «la petite Française». Être acceptée par tous ces hommes n’a pas été facile, mais cela s’est fait : «En Alaska, les hommes, c’est mes frères», dit-elle. Je voulais être adoptée par un bateau.

 

Elle aime  l’air salé, tirer les lourds casiers de crustacés et particulièrement  étriper les grands poissons,  tâche qu’elle qualifie de «corps-à-corps avec les gisants». À bord, elle manque perdre une main, se casse deux côtes, s’abîme une jambe, perd une phalange. Mais elle ne renonce jamais.

 

«  Je me suis servi de ma propre vie...Je voulais parler des grands marins qui courent la mer, qui courent les bars… C’est un grand jeu où ils peuvent mourir". Catherine Poulain, elle aussi, va s’exiler et courir les mers pour participer au jeu. "Être une petite femelle, dit-elle,  c’est pas pour moi. Je veux qu’on me laisse courir". Elle aime être perdue parce que c’est là que la quête commence, celle de l’immédiat et sans filet.  La pêche est un combat du corps qui mène à une découverte du monde réel et l’occasion de rencontrer des personnages très différents de soi.

 

Cette aventure dure jusqu’en 2003. Durant ses quarts, malgré les doigts gourds, elle noircit ses petits cahiers. "Ça me faisait du bien, j’aime les mots. C’est une liberté". Catherine Poulain retourne à Manosque où elle s’installe pour élever des moutons et écrire. Sait-elle qu’Ulysse, fils de Sisyphe,  comme la plupart des marins, reviendra lui aussi à Pénélope et le monde agricole ? Publié en 2016 le "Grand marin" obtient 12 prix littéraires. Catherine Poulain et ses phrases courtes nous font déambuler dans le port de Kodiak et ses bistrots que l’on repeint en rouge.  On respire, on sent le sel et les embruns, et sans cesse on est « entre ciel et mer comme entre deux bras. »  

 

Jean-Marie Quiesse novembre 2020

 

Ecouter la rubrique : Mardi 17 novembre 2020 : Catherine Poulain grande femme de la mer

 

Le grand marin, roman de Catherine Poulain, Éditions de l’Olivier, 384 p., 19 €.

 

Les corsaires du roi par Albert t'Serstevens

T'Serstevens  a écrit cet ouvrage attachant et inoubliable qu'il faut absolument lire, "Les corsaires du roi". Une douzaine de courtes histoires d'abordage, de tempêtes, d'îles désertes, de coquins et de sequins, de femmes, de guildive, de tafia ou de rhum et bien sur de trésors perdus ou retrouvés. Il y disait  "Je ne pense pas qu’il y ait de vie plus noble que celle, mobile et hasardeuse, d’un navire au large".

 

 

 

Il est vrai qu'il a vécu lui même comme un navire, toujours au large et refusant les honneurs. "A I'entrée de son cabinet de travail, un trois-mats suspendu au plafond arrête Ic regard ». Quel personnage attachant que t'Serstevens ! "Raconteur d'histoires et contrebandier des lettres". Né Belge il passera sa vie en France et à bourlinguer à l'image de son très grand ami Blaise Cendrars (L'homme que fut Blaise Cendrars).  Italie, Espagne, Portugal, Équateur, Colombie, Yougoslavie, États-Unis, Chili, Mexique, îles Éoliennes, Balkans, Turquie etc. À chacune de ces pérégrinations, la littérature française s'enrichit de récits : Le Vagabond sentimental (1923) ; L'Itinéraire espagnol (1933) L'Itinéraire portugais (1940) ; Mexique, pays à trois étages (1955). il fréquentera les plus grands écrivains de son époque dont Pierre Mac Orlan et le cinéaste Abel Gance.

 

C'est que t'Serstevens aimait les voyages mais aussi les livres dont il possédait six mille exemplaires dans son appartement de l'îile saint Louis. Il aimait aussi la mer et les îles. C'est lui qui republiera le Voyage aux îsles d'Amérique de Jean Baptiste Labat "moine aventureux, savant naturaliste, ingénieur civil et militaire, aumônier de la flibuste, convertisseur énergique, administrateur à poigne, débrouillard et brouillon".

 

"t'Serstevens appartient à cette génération d'écrivains de l'aventure et du voyage (Édouard Peisson, Luc Durtain, Henry de Monfreid, Blaise Cendrars) qui selon sa propre définition allaient « les mains dans les poches regarder les femmes dans les ports, les navires, les matelots, les marchandises du monde entier et la mer qui les porte, fiers d'être des hommes libres au sein du vaste monde ".( Paul MORELLE)

 

Ce grand écrivain nous a laissé une soixantaine d'ouvrages. Il va se marier le 4 février 1947 à Tahiti avec la très jeune Amandine Doré et va y vivre trois années , au retour desquelles il écrit les trois volumes de Tahiti et sa couronne (1950). Sa passion pour les grands aventuriers et la flibuste lui inspire également des romans comme  L'Or du Cristobal (1936), Ceux de la mer (1937) et Les Corsaires du roi (1930).

 

La mer a, dans la vie et l'oeuvre de t'Serstevens, une importance considerable. Au bout de chacun de ses nombreux voyages, il la retrouve, guide par une sorte d'instinct, et en dit les splendeurs : calanques balancées au gré des courtes vagues de l'Adriatique, couchers de soleil, lies. rochers cótes lumineuses, exaltations dyonisiaques de la Méditerranée. éblouissement et phosphorescence des mers équatoriales, attirance des iles de l'Océanie oü les courriers ne vont pas et qu'il faut atteindre — comme il la fait — sur des goélettes de nacriers. Entre autres romans oü le personnage principal est la mer, Albert t'Serstevens a écrit une histoire boucanière : « Les Corsaires du Roi », que nous devons considérer comme un classique de notre littérature maritime.(LeS ECRIVAINS BELGES ET LA MER. Par Joseph DELMELL.E). 

 

Jean-Marie Quiesse 10 10 2020


Les récits maritimes de l’étrange Jean Ray le Gantois

 

Étrange et mystérieux personnage que fut Jean-Ray. À l’image de son œuvre inquiétante emplie d’histoires de mer, de tempêtes et de marins. Chez lui, océan et fantastique  font bon ménage. Comme dit un de ses héros « là où le marin perd son latin, le sorcier peut-être de bon conseil ». Sorcier, il le fut, mais marin ?  Certes il est d’une famille de navigateurs. Son grand-père était charpentier à bord des voiliers  et son père  embarqué.

 

 

Malpertuis et les dieux captifs

 

Raymond Jean Marie de Kremer est né le 8 juillet 1887 au 86 de la rue du Ham, Gand,  à  8 heures du matin dans une grande maison proche du port où « l’appel des sirènes se marie avec les immenses résonnances des sous-sols ».  On retrouvera cette maison « hantée par les rats » dans son roman Malpertuis. Mais il n’y a pas que des rats ! C’est en effet là que les anciens dieux de l’Olympe ramenés d’une île lointaine avec leur trésor par le capitaine Anselme Grandshire occupent les lieux sous l’aspect de bourgeois ordinaires et pourtant toujours dotés de pouvoirs divins, hantés par leur déité.

 

À Malpertuis, l’inconcevable se terre sur fond de lutte amoureuse entre déesses. Mais  c’est chaque soir un festin préparé par Élodie : filet de porto à la purée de noisette ou du riz au rhum et à la crème.  On boit bien et on mange beaucoup chez Jean Ray. Les tavernes de marin enfumées et sombres où parfois « un jazz-band joue des airs meurtriers » sont nombreuses, du bar de Jarvis de la Croisière des ombres au Chinois rusé en passant par La Belle guinguette sans oublier le fameux dancing flottant de la Rum Row, le Mermaid où l’on baptisa une nuit de fête un nouveau-né au whisky.

 

La légende de Tiger Jack

 

Jean Ray fut-il marin ? Certes dès l’âge de 8 ans il traverse le Channel sur le Seagull pour découvrir Londres dont il restera amoureux toute sa vie. Mais encore ? À 15 ans, nous dit-il,  il s’embarque pour plusieurs voyages : deux grands voiliers puis  le Fulmar , un « tramp » qui traficote dans les mers de Chine. Dans la nouvelle qui parle de « l’oncle Timotheus », il nous dit «  vingt années de flibuste sur les sept mers avaient fait un nabab du pouilleux sale que je fus ». Il n’a sans doute pas navigué 20 ans, mais il y aurait gagné le surnom de « Tiger Jack ».

 

 De Kremer produit des chansons, des poèmes, des pièces de théâtre, en flamand comme en français. Il épouse une actrice de Music Hall en 1912. En 1919 il devient écrivain à part entière avec des publications  sous le pseudonyme de Jean Ray. Mais voici 1920 et la prohibition en Amérique. Son emploi du temps est alors parsemé de vides particulièrement en 1924. Il aurait acquis en copropriété d’abord une goélette,  l’Artic, puis, avec  le Polar, croisant entre l’Amérique et les Antilles. Cargaisons d’alcools ? On le dit aussi propriétaire de la Gertrude qui fait le trafic sur la Rum Row. C’est d’ailleurs cette année-là qu’il publie les « Contes du whisky » où il nous fait vivre très concrètement l’ambiance de cette période. Il parlera souvent avec nostalgie de ses anciens « compagnons de la houle ». Vrai ? Ce qui l’est c’est qu’il subit en 1927  un procès largement médiatisé et passe quelques années en prison.

 

Le succès international

 

De retour à Gand il est ostracisé par les milieux bourgeois avec lesquels  par la suite il réglera ses comptes dans ses écrits. Son roman « Rum Row » ne paraîtra pas.  Il édite alors  sous le pseudonyme de John Flander. Apparemment il rembarquerait en 1932. Ce qui est certain que dans cette époque il devient « grand reporter » au journal « Bien public ». Et c’est en 1933 qu’iI reprend son nom de Jean Ray pour publier les fameuses aventures de Harry Dickson, la première étant l’Ermite du marais du diable. Des dizaines suivront. En 1943 Malpertuis est un succès. Ce sera, auprès de Lovecraft et Bradbury,  un des premiers livres  chez Denoël dans la collection présence du Futur, en 1955.  De 1948 à 55, il collabore avec Tintin pour quarante nouvelles sur le thème de la mer. Films et bandes dessinées se succèdent ainsi que beaucoup de tirages outre Atlantique.  Il se lie d’une grande amitié avec Henri Vernes, Alain Resnais, Claude Seignolle, Mathé Altéry.

 

Jean Ray nous embarque

 

Son œuvre est émaillée de noms de navires d’îles et de ports. Les Tasmania, Flora Bushman remontant le fleuve Flinders, le Jerry Stoll , le Einhorn et son assiette de Moustiers gardée par une hydre à trois têtes, la Sion Retrouvée, la Belle Nantaise et son fantôme scié en deux, la May Bug, l’Endymion ce cargo qui défie toute imagination marine, mi-voilier, mi-vapeur, construit en je ne sais quels âges de folie  surnommé « Arrive toujours » et surtout le formidable Psautier de Mayence en route vers un monde d’une autre dimension.

 

Aventurier aux pieds de plomb ou réellement marin ? Le principal c’est qu’il nous mène en bateau, loin, très loin,  comme sur ces  "lougres de rêve" surnom donné par les gens du froid  à ces curieux bateaux venus de Méditerranée à la recherche des îles de diamant, toujours au nord, plus au nord.

 

Jean-Marie Quiesse

06 Mai 2020

 

Le nègrier - Edouard corbière

Voici un grand sac de plaisirs et d'émotions engrangés à la lecture de cet ouvrage mythique d' Edouard Corbière (le père de Tristan). Brestois, Corbière fut un marin de la flotte impériale puis marchande, journaliste polémiste, homme politique et personnalité du monde maritime. Mais il est surtout un grand écrivain. Le "négrier" nous rappelle un période peu glorieuse du capitalisme marchand et de la marine mais il reste aussi un fabuleux roman d'aventures plein d'anecdotes souvent vraiment vécues.

 

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Jean-marie Quiesse

Blaise Cendrars conte : l'étonnant voyage du TPMTR

« Je crois à ce que j’écris, je ne crois pas à ce qui m’entoure et dans quoi je trempe ma plume pour écrire »

 

Le volume des « Histoires vraies » de Blaise Cendrars s’ouvre sur le fabuleux TPMTR. C’est un récit de la mer que Cendrars qualifie de « vrai ». Vrai conte ou histoire vraie ?  

 

"Tu pars mais tu reviendras" était-elle une organisation de marins ? Le magnifique cercueil capitonné de satin bleu avec poignées en argent massif, surchargé de décorations païennes a-t-il existé ? Le voyage de Jules, Désiré, Bienaimé, Auguste Quinquempois, boulanger sur le vapeur Saint Wandrille, est-il un fait avéré ? Bref l’écriture est elle la vérité ?

 

Dans les récits de mer, il est parfois difficile de démêler le vrai du faux, l’exactitude et l’approximation. Surtout lorsque plane le mystère parce que restent inconnus le comment et le pourquoi et que les journaux de bords sont parfois incomplets. Naviguant entre malchance et damnation, les rumeurs qui courent alors sur les docks  réduisent la faible visibilité de tous ces « vrais »  mystères de la mer,  terribles secrets, menaces des grands fonds et confréries discrètes telles celles évoquées du capitaine Haddock dans l’Etoile mystérieuse ou de Achab dans  Moby Dick.

 

Il reste toutefois quelques coïncidences incroyables comme la bouteille du soldat Ross Alexander, mise à l’eau en 1955 au nord de Darwin (Australie) et ramassée par son propriétaire revenu chez lui,  trois années après,  sur la plage de Nouvelle-Zélande où il se promenait. Un voyage maritime de 5000 kilomètres pour retrouver les mains qui l’avaient immergée !  Alors le périple post mortem du boulanger du Saint Wandrille possède-t-il un fond de vérité ?

 

Participant de la construction d’une réalité de la réalité, la littérature fait souvent usage de mystères, coïncidences, destins, mensonges, fausses vérités et mêle  fiction et réalité. Blaise Cendrars, écrivain d’action et bourlingueur,  parlait de « prochronie »[1] à propos de ses Histoires « vraies » où s’abolissent  les frontières entre « la vie, le rêve et l’écriture »[2], tout comme il arrive parfois vraiment en mer. Christophe Colomb ne disait-il pas que « l’art de la navigation incite à connaitre les mystères du monde » ?

 

Le déplacement maritime occupe le cœur de l’œuvre de Blaise Cendrars, grand voyageur. Il joue de son expérience pour déstructurer le temps, l’espace et les identités, afin de reconstituer un univers personnel, des routes singulières, souvent nés d’une association de souvenirs où il apparaît lui-même la plupart du temps pour lui donner plus de crédibilité.  Alors qu'un journaliste lui demandait, à propos de son poème-fleuve, la Prose du Transsibérien, «Mais alors, monsieur Cendrars, ce train, vous l'avez pris ou pas ?», il avait répondu : «Qu'est-ce que ça peut te foutre, si je te l'ai fait prendre ?»[3]

 

Comme les mystères marins, les « Histoires vraies » que conte Blaise Cendrars tiennent « de la galerie des phénomènes et du cabinet de curiosités [4]». Alors, embarquons dans l’univers magique du voyage !

 

Jean-Marie Quiesse -  18 janvier 2020

 


[1] Temps maîtrisé, espace refondé : l’expérience humaine de l’espace selon Blaise Cendrars. - Philippe Gervais-Lambony

2] Une grande prose abécédaire de la vie – Claude Leroy – Histoires vraies Folio 2013

[4] Une grande prose abécédaire de la vie – Claude Leroy – Histoires vraies Folio 2013

 

Blaise Cendrars le bourlingueur

J’ai déjà fait référence à Blaise Cendrars, spécialiste des traversées maritimes.  Ainsi son texte «  À bord du Formose » (Bourlinguer)  évoque les différentes musiques coexistant à bord d’un même vapeur, de la mandoline au piano en passant par les castagnettes et les cantiques.

 

Poète, romancier et reporter, Cendrars fut aussi brillant pianiste et fameux baroudeur.   « Lui et ses poèmes avaient le voyage dans le ventre », nous dit Henri Michaux. Si beaucoup vivent le voyage  en chambre, Blaise Cendrars l’a entrepris de nombreuses fois à bord des paquebots[1]. Il a souvent pris la mer puis transposé sur le papier ses expériences océaniques, traçant le sillage de grands mythes littéraires[2]. « Je vis dans un courant d’air le hublot grand ouvert et le ventilateur ronflant ».[3] C’est avec constance qu’il a bâti son image de baroudeur, attiré comme beaucoup d’intellectuels de son époque par les expériences inédites et lointaines, tout comme Pierre Mac Orlan auquel il avait d’ailleurs suggéré de dresser un « Petit manuel du parfait aventurier ».

 

Proche de Tser, Albert s'Serstevens, voyageur infatigable  et Édouard Peisson, écrivain navigateur, Cendrars a popularisé le terme de « bourlinguer ». S’il n’est pas marin, il se présente toujours comme un voyageur ami des équipages et des bateaux. Lorsqu’il évoque sa première traversée, enfant,  entre Alexandrie et Marseille sur le paquebot « Italia », bercé par les mandolines des matelots, il se rêve déjà en maître du bâtiment : « On ne voyait que moi à bord » écrit-il.  C’est le l’amorce d’une relation permanente entre lui, le « bourlingueur »,  et le navire qui laboure la mer.

 

 Une centaine de noms de bateaux émaillent ses textes, générateurs de création et d’écriture poétique où l’on s’étonne de l’ampleur du lexique maritime. Dans ses récits, rêves et réalités s’amalgament. Naissent alors des histoires auxquelles on croit, comme envoûté.

 

Jean-Marie Quiesse – janvier 2020

 


[1] « Je ne suis pas un homme de cabinet. Jamais je n'ai su résister à l'appel de l'inconnu et je souffre comme un damné de rester enfermé entre quatre murs et de noircir du papier »

[2]  Robert Guyon « Echos du bastingage : les bateaux de Blaise Cendrars » Editions Apogés

[3] Du monde entier au cœur du monde – Feuilles de route - La cabine n°6

 

Rhum Héritage - Pé Labat volé chandelles !

Pé Labat volé chandelles ! Voici une chanson que les petits enfants Antillais entonnaient en faisant voler des ravets sur le dos desquels ils avaient fixés des lumignons.

 

Nous avons déjà évoqué le père Labat en racontant le rhum, ce carburant maritime des siècles passés, au cours de deux rubriques : l’une sur les routes du rhum, fabrique de belles trilogies, mais aussi de héros et de célèbres chansons, la seconde sur les rimes du  rhum si proches du latin d’église. Or les procédés de fabrication du sucre et du rhum sont restés jusqu’au 19èm siècle le « système du père Labat ».

 

 

L’album Rhum héritage qui vient de sortir chez Robinson me donne l’occasion de présenter Rhum Héritage, un album édité aux éditions Robinson. Cette bande dessinée est la première à évoquer et illustrer le fameux Père Labat, à la fois admiré et pourtant souvent considéré comme une sorte de croquemitaine pour les enfants martiniquais à qui l’on disait lorsqu’ils n’étaient pas sages « Mi ! moins Ké faï Pè labat vini poend ou, oui ! ».

 

A t’Serstevens, grand marin et écrivain nous raconte aussi que le Père Labat tenait les flibustiers en grande estime pour avoir navigué avec eux, quelque peu contraint, pendant 52 jours à prendre des navires au canon ou à l’abordage, à chasser dans les îles, à boucaner le gibier, à trafiquer des marchandises de pillage contre de belles piastres. Leurs descendants pêcheurs, lorsqu’ils voient, de la mer, les mornes de l’île s’envelopper de nuages, se disent entre eux :  « le père Labat met son bonnet ». 

 

 

Le récit imagé met en scène un père Labat assez conforme à l’image qu’il donne à travers ses célèbres mémoires (Voyage aux isles de l’Amérique) et reprend avec justesse plusieurs épisodes de la vie de ce religieux qui ne craignait pas grand-chose et dont l’intérêt pour la mer et les marins est très présent. Un jour nous conterons le récit de la bataille qui opposa le navire qui le portait avec un méchant anglais qui l’avait pris en chasse.

 

 

Mais avant, nous parlerons du terrible système de l’esclavage et son commerce d’êtres humains. Le sous titre de l’album « Eau de vie, eau de mort », résume assez bien ce propos à l’unisson du déroulement du scénario. Car rhum et esclavage sont étroitement mêlés.

 

 

Jean-Marie Quiesse - août 2019

 

Le port des marins perdus

« Ships are the nearest thing to dreams that hands have ever made », « les navires sont les choses les plus proches du rêve que des mains ont jamais pu faire » peut-on lire sur la dernière page de l'ouvrage. J’en dirai autant de ce conte fantastique qu’est « le port des marins perdus »,  merveilleux objet de mer, un hymne à la poésie maritime et aux chants de marins.

 

 

Les critiques sont unanimes, ce roman graphique des italiens Teresa Radice et Stefano Turconi  est une superbe aventure maritime. Tout y est : le mouvement, l’émotion, le calme, la tempête, les combats, le trésor et le mystère.  Mais qui cache quoi ? Ce récit est d’une profonde délicatesse à l’image du trait à la mine de plomb de Turconi.  C’est un récit d’une grande humanité où l’on croise les hommes de la mer et les femmes des ports. On y partage la vie des marins, tel le Capitaine Nathan Mc Leod, pilier essentiel du récit et puissant amant de Rebecca, patronne lettrée de maison close du Pillar à Plymouth, axe central de cette géographie océane, sans oublier William Roberts, trouble commandant de sa gracieuse majesté. 

 

 

Les décors sont d'une précision remarquable, là où se qui déroule le destin du jeune Abel, marin amnésique repêché des eaux dans le golfe de Siam. Il n’est pas oublié de la vie, mais il en a tout oublié, surtout du destin qui l’a mené là, tout comme un nouveau né. On y croise des personnages forts, attachants aux noms évocateurs de Stevenson ou Haddock. Les trois filles du capitaine maudit,  Helen, Heather, et Harriet tiennent une auberge qui n’est pas l’Amiral Benbow mais l’Albatros, vaste oiseau des mers qui évoque la langue des oiseaux, celle de l’esprit de la poésie, tout comme le H commun de leurs prénoms. L’intrigue est donc pleine de mystères. Elle nous tient en haleine. Où mène cette étrange échelle d’évènements inspirée par un souffle biblique tel l’inoubliable Moby Dick ? Le nom d’Explorer y fait souffler le vent de l’aventure. Combien de temps durera la nuit ?

 

 

Cette œuvre est portée par de magnifiques frégates filant sur l’océan telle la vie.  Mais l’originalité de l’œuvre c’est qu’elle est portée par la poésie maritime : Woodsworth, Blake, Coleridge, Byron, Néruda et Shakespeare, éparpillée au grès des vignettes, petits billets éparpillés dans le décor, sur les vagues où les fleurs d'un couvre-lit.

 

 

Des côtes du Siam à celles d'Albion, du cap Horn à l'île de Pâques, le jeune homme, à l'âge indéterminé et sans mémoire qui porte sur le monde un regard vierge, se met en quête de son identité : ce lourd et fantasmatique secret le conduira inéluctablement vers le "port des marins perdus". D’un bout à l’autre du récit, l’émotion nous étreint. « Chaque poème désire trouver la voie qui mène au cœur de celui qui l'écoute et qui se l'approprie. Quand cela arrive, le poète a rempli sa tâche. La tâche du semeur d'émotion. » Un objectif parfaitement atteint dans le cas présent, l'ouvrage nous faisant passer par toute une palette d'émotions d'une rare intensité. Amour, enfance, mort, le temps qui passe, et, bien sûr, la mer et le vent, sont les ingrédients omniprésents de  cette épopée maritime sans oublier la musique et les formidables chants de marins Embarquez sur "l'Explorer" et le « Last Chance », vous passerez un très agréable voyage.

 

Jean-Marie Quiesse mai 2019

 

L'étrange chevalier de Fréminville et son tragique amour saintois

 

Parlant de Brest Pierre Mac Orlan disait que « Fréminville, solitaire dans son bel appartement encombré de choses anciennes, animait les objets des îles et les coquillages marins, roses comme la chair  secrète de cette fille chérie ». Quelle était donc cette fille chérie qui accompagnait chaque geste et chaque pensée de la Chevalière que les brestois surnommaient mademoiselle Pauline ?

 

1. Homme et femme, amoureux de la mer

 

En fait Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville (1787-1848) était un homme. Entouré de gens de la mer, il se passionne dès l’âge de huit ans pour les voyages de Cook. « J’accomplissais à peine ma quatorzième année, lorsqu’en 1801, j’entrai au service de la marine où m’entraînait un irrésistible penchant. » Il écrit en 1802 une belle poésie «  le véritable tableau de la mer ». Rarement on n’a donné une telle magie aux termes de marine :

 

« Vous entendez parler un langage barbare

De ride, borde, largue, affale, brasse et amarre,

Vire, lève le lof, amure, brasse au vent

Hale au vent la bouline, aux drisses mets au vent »

 

2. De la bataille de Trafalgar au maquis chouan

 

Il participe au combat de Trafalgar puis s’embarque à seize ans pour Saint-Domingue alors possession française. Il rêve d’y trouver la douceur des îles et pouvoir assouvir sa passion de naturaliste. Hélas il ne trouve que désolation sur fond de révolte de la population libérée par la révolution, menacée par Napoléon de retourner en esclavage. En même temps qu’il assiste impuissant aux ravages de la fièvre jaune parmi ses camarades, il vit le massacre de ceux que l’on appelle des « nègres », embarqués sur les navires et noyés en pleine mer par centaines. Il participe à d’autres expéditions en Europe, prend un temps le maquis avec les chouans et intègre la noblesse bretonne en se mariant en 1815  à Ploubazlanec. Il aura deux enfants.

 

3. Le coup de foudre tragique

 

C’est la Restauration, il a hâte d’embarquer de nouveau : Russie, Afrique où, toujours à la recherche de spécimens, il se trouve face à face avec un lion. Mais c’est aux Saintes le 25 aout1822 qu’il tombe amoureux fou de Caroline. « Ah ! Les jours trop courts que j’ai passés alors auprès de Caroline, furent certainement les plus heureux de toute ma vie ». Le 17 octobre il fallut repartir. De retour le 6 décembre il découvrira, hélas,  la tombe de sa bien-aimée qui s'est noyée de désespoir.

 

'. La chevalière de Fréminville

 

Il continua ses navigations et ses combats dans une époque politiquement agitée  avant de se retirer à Brest(1831) et pratiquer avec brio l’archéologie, vivant dans un étrange musée où un visiteur témoigne l’avoir vu habillé en femme, selon l’habitude qu’il avait contractée : « cette vénérable contemporaine du maréchal de Saxe exécuta une révérence des plus solennelles, ôta ses lunettes – Je désire dis-je parler à monsieur le Chevalier de Fréminville- C’est moi, monsieur, ajouta-t-elle en saluant de nouveau ».

 

Sans doute le souvenir de Caroline est-il quelque chose dans cette habitude extravagante et très bien acceptée dans le milieu brestois où  il « semble rivaliser avec les femmes de grâces et d’élégances… ». Il écrira en parlant de lui même :  Chaque jour M de Fréminville prend un plaisir nouveau à se parer comme une femme et, plus loin,  « Hercule lui-même se plut à se mettre en femme et à filer aux pieds de la reine de Lydie… »

 

Grand marin, bretteur, grand botaniste, père de l’archéologie bretonne, auteur de 15 ouvrages savants, il meurt le 12 janvier 1848 à 61 ans.

 

Jean-Marie Quiesse février 2019

 

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Sources : Jean Merrien : Un certain Chevalier de Fréminville (Editions maritimes et d'outre mer)

https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/

 

Rose Héré, l'héroïne d'Ouessant

« La mer, c’est le domaine des hommes. Celui des femmes, c’est l’île » disait îles Odette de Puigaudeau, l’ethnologue qui fut un temps marin-pêcheur. Elle nous parle avec chaleur des femmes d’Ouessant, celles qui découpent les gleds, récoltent le goémon, labourent, sèment et récoltent pendant que leurs compagnons naviguent. Je les voyais jeunes et vieilles, se pencher vers les blés et les couper à ras de terre avec une faucille antique racontait déjà le journaliste Claude Anet en 1907.  

 

 

Si le monde maritime est empli de figures masculines, les femmes y sont pourtant omniprésentes. Car, comme dit Mac Orlan, « la chanson des femmes conduit la chance des autres comme le fil de laiton conduit la lumière. » Et parmi celles-ci  se détache la figure de Rose Héré Ouessantine aux yeux à la surprenante clarté bleue, dans un « visage bruni par le hâle ». De Puigaudeau l’a personnellement rencontrée tout comme Savignon l’auteur des « Filles de la pluie ». Voici son donc histoire.

 

Dans la nuit du 2 novembre 1903, le Vesper un cargo de 100 mètres de long, remontait d'Oran avec sa cargaison de vin, 3500 tonnes en barriques bien arrimées. Son équipage est de 34 hommes, des Anglais. Dans les parages d’Ouessant, le commandant Viel, un Breton,  scrute le brouillard épais qui cache une mer emplie d’écueils. Hélas, à 3 heures et demie, le navire vient se briser sur les rochers de la pointe du Pern.

 

Voici le récit de l’exploit de Rose rapporté par Savignon : « La situation du bateau était désespérée. L’équipage mit les deux chaloupes à la mer. Une de ces embarcations, drossée par le courant, allait infailliblement se perdre sur les récifs. Rose était sur la grève.  On lui lança un bout qu’elle s’efforça d’attraper… Rose amarra la corde à une roche aiguë et se (re)mit à l’eau. C’était un peu au-dessous de la pyramide du Runiou. Elle avança, se soutenant des mains, insensible au froid ; ses jupes flottèrent un instant, comme une cloche, s’enfoncèrent, et, soudain, perdant pied dans un trou, elle disparut. Pourtant, elle ne lâcha pas prise ; à la force des poignets, elle remonta à la surface, progressant de quelques mètres vers la barque, disparut, avança encore. La chaloupe était à une soixantaine de brasses. Ce trajet fut long et infiniment pénible. — Enfin, dit-elle, ils m’ont crochée avec la gaffe et amenée avec eux.

 

Quand Rose eut amené son monde à Pen Ar Roc’h, elle rentra chez elle. L’île fut la cible des médias de l’époque. Rose Héré fut reçue et décorée à Paris, honorée à Londres et à Marseille. Elle retourna vivre dans la nouvelle maison qu’on lui avait offerte. Son nom est aujourd’hui porté par une vedette de transport de passagers. Un navire féminin, donc, et une vedette de surcroît !

 

Et après le sauvetage, l’énorme cargaison de vin du Vesper échoue sur l’île : « Après tout, c’est vrai dit un habitant de l’île…On pouvait courir d’un bout à l’autre des grèves en marchant sur les fûts, tant ils étaient nombreux…Oui, on a pillé, on s’est saoulé, on a jeté des gendarmes à l’eau, on s’est battu contre la troupe. Que voulez-vous ? Le vin était tiré, on l’a bu. »

 

Jean-Marie Quiesse - Mars 2019

 

Les filles de la pluie - Savignon

Huguette de Puigaudeau

Rose Héré l'héroïne d'Ouessant en video

 

Louis Brauquier : Poète du temps maritime et du mouvement des navires

 

Eh bien! c'est dit, je pars; les grands embarcadères/ Grinceront sous mes pas./ Je donne rendez-vous au prochain hémisphère,/ Au café de l'endroit./ (...) Adieu amis, vieillards adieu, notre vie est/ Celle du monde.» (Louis Brauquier)

 

C’est le chanteur Gérard Pieron qui m’a fait entrer dans l’univers nomade de Louis Brauquier La  poésie maritime n’est pas réservée aux auteurs qui contemplent la mer du rivage. Elle  inspire également  ceux qui vont dessus et le peuple des ports, reflets des mondes de la terre et de la mer.

 

En France,  un des plus anciens poètes embarqués est Jean Parmentier, capitaine de navire, du16ème siècle qui écrivait :  « Qui connaîtra les merveilles de la mer,… Mais qui dira: j'ai  vu telle aventure, Sinon celui qui navigue dessus. ». D’autres viendront, comme, plus près de nous,  Henry Jacques, qui passa le Cap Horn,  Tristan Corbière, Michel Tonnerre  ou Yann Nibor, matelot poète et chanteur.

 

En ce domaine  Louis Brauquier est un peu un cas à part car il n’est ni capitaine ni matelot. Employé de bureau il a pourtant passé sa vie à naviguer sur les bâtiments de le la compagnie des Messageries maritime, posant son sac au grès des mutations, toujours  au-delà de Suez. Sydney, Nouméa, Alexandrie, Djibouti, Shanghai, Diégo-Suarez, Colombo, et le retour à Marseille où, dit-il : « Jamais je n'ai oublié l'odeur des coursives où se mélangeaient celle de la peinture fraîche, celle, poivrée, qui venait des cales, et celle, opaque, de l'opium que fumaient dans leur poste, au-dessous de la ligne de flottaison, les boys chinois.»

 

Car Brauquier est à la fois passionnément attaché à sa ville, Marseille, mais aussi irrémédiablement attiré par la mer, et les terres lointaines auxquelles font rêver les bateaux en partance dans le port phocéen. Les cafés sont ses boîtes à rêve, ses alexandrins sentent la mer. 

 

Loin des écoles littéraires de son époque, il a pourtant été ami des plus grands. C’est un homme libre, fier de son métier de négociant qui consacre sa poésie au monde maritime, au mouvement des navires, à l'attente dans les ports et à la vie ailleurs. Marcel Pagnol s’inspirera de Louis Brauquier pour le personnage de Marius.

 

"Toujours ce secret espoir me reste que, même si c'était fini, deux ou trois de mes vers persisteront à chanter dans la mémoire de jeunes hommes solitaires dans les soirs des ports".

 

Jean-Marie Quiesse Janvier 2019

 

Louis Brauquier en images You Tube par JM Quiesse

 

Mystères et légendes de la mer - Erik abranson

 

 

Chaque auteur y va de son petit couplet sur les mystères de la mer !  Mais voici un récit haut en couleur.

 

Mais un voici un très bien narré par un vrai marin. Erik C. Abranson a navigué sur les mers du monde, notamment avec son ami j « Bob » sur le voilier Awahnee. Cet expert en voiles et voiliers est également écrivain. Il revisite avec talent les légendes récurrentes, mais les dose du piment de ses rencontres personnelles. Un régal.

 

Parmi d'autres récits,  voici une aventure étrange qui lui est arrivée à propos d’une chanson de marins. Alors qu’il se trouvait sur le brick-goelette Phoenix[1] lors d’une escale à Mystic Seaport (USA) au cœur d’un musée maritime avec l’étrange impression de remonter le temps. Effectivement, ils se retrouvent à couple avec le Charles W Morgan, magnifique baleinier américain.

 

Le soir venu, en compagnie de jeunes filles et de jeunes gens,  ils chantent sur le gaillard avant. On entame de vieilles complaintes de marin. Abranson souhaite alors s’isoler,  grimpe  sur le mat de misaine et s’installe sur la vergue du petit cacatois. Laissons-lui la parole :

 

« La nuit était douce et claire. Une voix chantait en solo le couplet d’une chanson de marin « As-tu connu l’père Lancelot ? » Puis un chœur d’hommes à la voix puissante repris le refrain « qui fait la pêche au cachalot ».  Et le chœur : « Hourra pour Mexico Ho Ho Ho ». Il n’y avait ni voix juvénile ni vois féminine. Les paroles ne s’élevaient pas du gaillard avant du Phoenix, mais de celui du Charles W Morgan où il n’y avait pas âme qui vive. « Il donne la goutte à ses matelots –A coup de barre de guindeau ». Ce à quoi le chœur mystérieux répondit à nouveau. Je me laissais glisser le long du galhauban et allais trouver les chanteurs sur notre navire : Il y a quelqu’un à bord du Morgan ? Demandais-je. Non, me répondit un employé du musée, il est fermé… " Ainsi se termine le récit vécu par l'auteur d'un équipage fantôme, mais chantant !

 

De très belles couleurs également dues au talent d'illustrateur de Edward Mortelmans. Un livre rare et pas cher pour les très grands enfants de la mer.

 

Jean-Marie Quiesse - octobre 2018

[1] Construite au Danemark en 1929

 

 

Retrouver ce récit en images par JM Quiesse sur You Tube

 

Mystères et légendes de la mer - Erik C. Abranson

 

Jean-Marie Quiesse - novembre 2018

 

Tristan Corbière - Les gens de mer

Tristan Corbière est né à Morlaix. Son enfance a été bercée par la lecture du Négrier, roman phare de son père Edouard Corbière dans l'ombre duquel il a longtemps vécu, entre haine et admiration. Portant les même prénom, il le changea en Tristan.

 

  Avec lui la mer n’est plus seulement le reflet de l’âme. Il fustige les "terriens parvenus " "Ô poète, gardez pour vous vos chants d’aveugle". Il incite à  prendre, la mer « Là, sous le ciel neutre, la tourmente est chez elle : le calme est un deuil. »,. Ainsi le décrit Paul Verlaine "lui, Amoureux furieux de la mer qu’il ne montait que dans la tempête, excessivement fougueux, sur ce plus fougueux des chevaux"  (les Poètes maudits). 

 

Il était très proche  de Gabriel La Landelle, auteur de romans et de chansons de mer.   A  Roscoff où il tente de se refaire une santé, il brise volontairement son premier bateau sur les rochers. Son père lui offre alors un cotre qu’il baptise le Négrier. Il sortira souvent, et dès que le gros temps est signalé au sémaphore.   Il transforme la maison familiale en repaire de pirate dont il revêt les habits, dort dans un canot planté au centre du salon et y met ses filets à sécher. Il achète un yacht plus important le Tristan, puis deux autres, pour mieux séduire Marcelle dont il s’est épris.  Il meurt a 29 ans.

 

« Corbière avait la même force que Rimbaud. Comme lui, il a inventé un nouveau style dans la poésie, en cassant le rythme de l’alexandrin. Ils avaient la même violence, usaient de la même provocation. » nous dit Catherine Urien.[1]

 

Ses poèmes Gens de mer ont été publiées dans le seul recueil jamais édité, les Amours Jaunes. Dégustez par exemple L’appareillage d’un brick corsaire chanté par Monique Morelli sur une musique de Léonardi.

 

 Visionner Les Gens de mer sur you tube (réalisation JM Quiesse)

Retrouvez mes rubriques dans l’émission l’Heure Maritime animée par Antoine Quaghebeur dont celle du Mardi 20 novembre 2018

Jean-Marie Quiesse - 23 11 2018


[1] Catherine Urien dans « Au pays de Tristan Corbière – Editions Diabase

Ar-Men l'enfer des enfers

Emmanuel lepage est né à Saint Brieuc. On le connaissait pour Les aventures de Kelvinn ou encore Névé. Il y avait eu le voyage d'Anna en 2005 qui parlait déjà de la mer.  Mais, en 2011, il se tourne vraiment vers l'océan  avec Australes, deux volumes consacrés aux mers australes et ses îles puis, en 2016, un remarquable Ulysse. C'est un dessinateur hors pair. Sa peinture  fait ressentir les espaces, les mondes et les imaginaires marins avec toute la puissance de leurs mythes. Et c'est ainsi que nait en 2017 ce chef d’œuvre qu'est Ar Men, l'enfer des enfers, l'histoire d'un homme et d'un phare, gardiens de la Pointe du Raz entre Sein et le continent. L'histoire d'Ar Men a fait l'objet de nombreux livres et films, citons au passage Trois éclats blancs de Bruno Le Floch.

 

Retrouvez AR-Men en images sur You Tube (réalisation JM Quiesse)

Emmanuel Lepage sur l'Humeur vagabonde (Ulysse) nov 2016

Emmanuel Lepage parle d'Ar Men nov 2017

 

Jean-Marie Quiesse parle d'Ar Men en images ici et dans l'émission l'Heure maritime du 6 novembre 2018

 

Jean-Marie Quiesse - Juillet 2018 - mise à jour en novembre 2018

Gens de mer - Edouard Peisson

La mer "m'apporta l'évasion que je lui avais demandée mais, par la discipline qu'elle impose, me transforma. Avec elle, on ne joue pas." . Edouard Peisson est un grand écrivain des mers et des marins. Né à Marseille, il rêve  de voyages maritimes et embarque dès 18 ans. Radiotélégraphiste puis capitaine, il connaitra jusqu’en 1924 de très nombreux paquebots et cargos des Compagnies  Paquet et Transatlantique avant de se consacrer à la littérature dans son village de Luynes.  On lui doit une quarantaine d’ouvrages  dont la plupart se passent sur la mer.

 

« Ecrivain de la mer, souvent comparé à Joseph Conrad, il bâtit une oeuvre presque exclusivement consacrée à la marine marchande, ce qui constitue une exception dans le genre de la littérature maritime. Il campe des personnages forts, capitaines ou lieutenants, et raconte leur vie à bord, les difficultés du métier, l'importance de la solidarité de l'équipage, où chauffeurs et mécaniciens qui travaillent dans les soutes ne sont pas oubliés. » (Abraxas Libris)

 

 En décembre 1919 il embarque sur une goélette à cinq mats avec machines auxiliaires et essuie une très forte tempête. Beaucoup de ces voiliers ont eu une fin tragique. C’est sur ce genre de navire mixte que va se dérouler Gens de mer, le Pétrel où Nau est nommé commandant. Un ouragan se déclenche « par 40º55' de latitude Nord et 24º44 de longitude Ouest » entre Portland et San Francisco. Chargé de sacs de grains mal arrimés et de billots de bois,  le bâtiment ne tarde pas à se retrouver en grave difficulté et avec un poste de radio qui ne fonctionne plus…

 

Jean-Marie Quiesse - octobre 2018

 

Gens de mer – Arthème Fayard

 

La sagesse de la mer - Björn Larsson

A la mer avec l'horizon tout entier autour de soi

 

J'ai déjà évoqué ici les romans de ce grand écrivain Suédois tels le Cercle Celtique ou Long John Silver.

 

On s'en serait douté, Bjorn Larsson est également un grand marin qui a publié en 2000 un ouvrage auto biographique très discret mais combien fort ! La Sagesse de la mer (Du cap de la colère au bout du monde) offre de multiples références à Harry Martinson pour qui "le droit fondamental de l'être humain doit être de voyager" font de cet ouvrage un hymne à la Liberté des mers, cette liberté n'est pas un bien absolu mais s'incarne "A la mer avec l'horizon tout entier autour de soi".

 

Jean-Marie Quiesse - Septembre 2018

 

Musiques d'à bord de Claude Ribouillault

Avec "Musiques d'à bord", Claude Ribouillault nous entraine, dans le domaine maritime,  "au grè des flots, au fil de l'eau". Chanson, danse, musique et instruments populaires, tout y passe ! Sans oublier de très nombreuses et belles illustrations.

 

C'est, à mon avis, l'ouvrage accessible le plus complet sur le sujet, une très grande référence. Il passe en revue l'univers musical des marins des océans, marins d'eau douce, nautoniers transbordeurs, galériens,  missionnaires des mers : ses descriptions et ses chansons nous enchantent. Sans oublier les métiers qui gravitent autour comme les "flotteurs", éclusiers, dockers, soutiers...

 

Claude Ribouillault  est collectionneur, musicien, marionnettiste, conteur, chercheur, écrivain, poète... C'est, ici, un grand connaisseur du domaine qui nous intéresse.

 

Jean-Marie Quiesse juin 2018

 

Musiques d'à bord

https://artpopu.jimdo.com/

Jean-Marie des brumes

Jean Lainé est un écrivain de la mer, passionné de la voile et de son histoire. Avec Jean-Marie des Brumes.  Il nous embarque à Terre Neuve mais aussi dans les terribles prisons flottantes de Porthmouth.  C'est qu'au XVIIème siècle les gars de st Malo ou de st Servan passaient hardiment de la chasse à l'anglais aux brumes des Grands bancs.  Voici l'histoire de Jean Marie Leclozic qui vient juste d'atteindre ses 17 ans...

 

Jean-Marie Quiesse - avril 2018

 

Jean-Marie des brumes

Le grand marin - Catherine Poulain

Catherine Poulain part de France à l'âge de vingt ans et baroude sur divers continents. Elle arrive au Québec en 1987, puis s'installe en Alaska où elle exerce pendant dix ans le métier de marin-pêcheur. De cette expérience elle fera un roman.  Un livre de mer écrit par une femme. Et quelle femme, mais aussi quel style !

 

"Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l'Alaska, elle sait qu'elle va enfin réaliser son rêve : s'embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d'une famille française pour " faire la route " , la véritable aventure commence. Le choc est brutal."

 

Jean-Marie Quiesse - Mars 2018

 

Sources Babelio et Wikipedia

Ceux de la mer - A. t'Serstevens

Écrit à la première personne, on ne sait jamais si « Ceux de la mer» est un documentaire sur les marins et les ports ou un pur roman. Il sent le vécu et l’aventure, à l’image de la vie de son auteur. Tout semble réel : le cabaret des Colombos qui « sent le vin et l’huile », le poste avant du Calypso, vrai sous marin des années 1920, où « nous étions six à jouer aux cartes », l’Abri du marin de Recouvrance, le cargo Morbihan de la CGT, le Capitaine Hamelin de l’Iphigénie... Quelles fantastiques histoires que celles de l’énigme du Speedy ou du Match au tafia !  

 

"t'Serstevens occupe une place très singulière dans la littérature contemporaine. Il est poète, romancier, mais avant tout voyageur, et il fut un des rares écrivains de notre temps à perpétuer une tradition où s'illustrèrent jadis le père Labat, le président de Brosses, le Père Hue et Théophile Gautier : la tradition, pourrait-on dire, du dépaysement humaniste[i]"

 

C'est un aventurier pratiquant la voile et bien d'autres sports.  Ecrivain de talent, il est l'auteur de 57 d'ouvrages dont beaucoup sur les marins, la mer et les îles. Grand ami de Blaise Cendrars mais aussi de Mac Orlan, il s'est voulu à l'écart des mondanités, partisan du temps présent de l'aventure.  C'est sans doute pourquoi il est aujourd'hui quelque peu oublié contrairement à son ami Cendrars qui, dit-il "était sûr de son avenir posthume, cette gloire d'outre-tombe dont je ne fais aucun cas en ce qui me concerne, sur laquelle je ne compte guère, et dont, après tout, je me fiche éperdument car je n'en jouirai pas"

 

http://www.priceminister.com/offer/buy/54858699/Ceux-De-La-Mer-Livre-ancien.html

 

Marines - Riff Reb's

Dominique Duprez dit Riff Reb's n'en est pas à son coup d'essai. On lui doit plus de 26 albums. Je vous ai déjà parlé du "Loup des Mers" publié en 2012 mais il y a également "A bord de l’Étoile Matutine" (2009) qui fut un grand succès et récemment "Hommes à la mer". Reb's  nous amène  à cotoyer ces grands auteurs de la mer que sont Pierre Mac Orlan, Conrad, Stevenson... Mais Marines est un coup de maître, un véritable bijou graphique qui s'inscrit dans la lignée des plus grands dessinateurs et graveurs. L'ouvrage est composé de deux volumes. Le premier est consacré aux voiliers,  le second présente douze faces patibulaires de grands pirates.

 

Jean-Marie Quiesse - février 2018

 

https://livre.fnac.com/a10086463/Riff-Reb-s-Marines

Le loup des mers - Jack London

Une magnifique exposition Jack London dans les mers du sud s'est tenue à Marseille jusqu'au 7 janvier 2018. Aujourd'hui à Bordeaux, elle me donne l'occasion de vous conseiller de lire ou relire ce chef d’œuvre qu'est le Loup des mers publié par un auteur de 28 ans. Ce roman de grande aventure est aussi une rencontre improbable entre Loup Larsen et Van Weyden esthète mondain tombé par hasard sur la goélette le Fantôme. Sur fond de pêche aux phoques, il s'agit d'une formidable controverse philosophique entre le capitaine individualiste pour qui "il n'y a qu'un droit...celui de la force" et l'écrivain qui estime que le sens de la vie réside dans la solidarité. L'ouvrage a été écrit sur le Spray, un sloop de London qui dans ce livre mène une virulente attaque contre le mythe du surhomme.

 

Cet ouvrage a également fait l'objet d'une très belle BD de Riff Reb's. Assez conforme au scénario original le trait apporte un supplément de réalisme au roman de London. Toutefois je ne peux que regretter la modification du "happy end" final en drame total alors que London laisse entrevoir que l'amour humain triomphe de la mort.

 

Jean-Marie Quiesse - Décembre 2017

 

https://www.amazon.fr/loup-mers-Jack-London/dp/2369144297/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1512903808&sr=8-3&keywords=le+loup+des+mers

http://noctambule-soleil.blogspot.fr/2012/01/le-loup-des-mers.html

Ferrailleurs de la Mer - paolo bacigalupi

Voici un ouvrage de science fiction qui se déroule dans un univers  maritime. Et pour cause les océans ont recouvert une grande partie des terres jadis émergées. Tandis que Nailer travaille à désosser les vieux pétroliers inutiles,  sur les océans naviguent de merveilleux bateaux équipés de « paravoiles de haute altitude (pouvant) atteindre les jet-streams et tirer un clipper au dessus d’une mer d’huile à plus de cinquante-cinq nœuds ». Paolo Bacigalupi est aujourd’hui un des plus grands auteurs de SF américaine. Son expérience au sein d’un magazine de nature lui a ouvert les yeux sur la dégradation rapide des environnements mais aussi la puissance des multinationales. Rien n’est noir, rien n’est blanc dans ce récit qui tient en haleine d’un bout à l’autre. La mer est omniprésente et le goût de l’aventure maritime n’a pas pris une ride. Les personnages construisent une histoire passionnante sans trop bien savoir où ils vont. Peut-être à cause de ses pirates et d’une belle jeune femme à sauver, on a qualifié Ferrailleurs des mers de « roman jeunesse». Ne croyez pas les critiques : si vous avez gardé l’esprit jeune, alors vous allez vous régaler, si vous croyez avoir un peu perdu du bel enthousiasme de cette époque, alors  ce sera un vrai bain de jouvence !

 

Jean Marie Quiesse - Novembre 2017

 

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Le Beligou autour du monde - Guy quiesse

Ils sont trois copains partis en aout 1966 de Saint Gilles Croix de vie. Le périple s’est achevé en juillet 1968 dans le même port. Durant ces deux années, ils ont parcourus 32.000 milles en faisant 95 escales pour visiter la côte ibérique, les Antilles, les Galápagos, la Polynésie, la Nouvelle Calédonie, la Réunion, l’Ile Maurice, l’Afrique du Sud, Ascension et un retour en Vendée en passant par les Açores.
Le récit de ce voyage est écrit par le Commandant Guy Quiesse.   L’ouvrage est préfacé par J.Y Le Tourmelin. Il contient plus de 400 photos, les croquis de construction du bateau et un livre d’or de plus de 160 signatures. Actuellement, le Beligou navigue toujours.

 

Jean-Marie Quiesse - Août 2017

 

Publication papier avec magnifiques photos - Commander

Chansons de la mer et des marins - Bernard deguy

Un jour nous parlerons de l'éminent ouvrage du Capitaine Hayet. En attendant je vous invite à découvrir  les chansons de la mer et des marins publiées aux éditions Solar en 2000.

 

Il est très élégamment préfacé et commenté par Bernard Deguy, photographe professionnel, assistant de J. Perrin pour le film Océans et surtout très grand marin. Compagnon de Eric Tabarly.  B. Deguy a participé à de très nombreuses courses et commandé le vaisseau expérimental de Cousteau l'Alcyone. Son co-auteur est un écrivain connu, Christian Mars (Aventuriers de la mer, Paquebots de légende...).

 

Et quels illustrateurs ! .  Marin et grand voyageur : Gildas Flahaut, .  Mais aussi le célèbre dessinateur Gilbert Maurel et, encore, le malouin Marc P.G. Berthier,  marin, peintre de marine, fondateur de Voiles et voiliers.

 

Quinze chants bien choisis avec leur musique et, en prime un album du groupe "Tonnerre de Brest". Bref, un vrai festival pour les yeux et les oreilles !

 

http://livre.fnac.com/a1118960/Bernard-Deguy-Chansons-de-mer-et-de-marins

 

Jean-Marie Quiesse Août 2017

Survivre ! - Douglas robertson

La famille Robertson passera trente-huit jours à la dérive avant d'être recueillie par un thonier japonais au large du Costa Rica. Survivre est le récit de cette extraordinaire traversée de la famille Robertson. Un mode d'emploi pour survivre en mer avec presque rien.

 

Le 15 juin 1972, La Lucette, goélette franche de 13 mètres, fait route vers les îles Marquises, à deux cent milles des Galapagos. Après une escale dans l'archipel, la vie au grand large a repris peu à peu ses droits et le rythme des quarts berce doucement la vie à bord. Le soleil s'est levé il y a presque trois heures. Le skipper, Douglas Robertson, vient de faire sa première visée. Il s'installe à la table à cartes quand, soudain, à 9 heures 54 précises.....
"Au moment où je m'efforçait de calculer un point estimé aussi précis que possible, des coups d'une puissance inouïe firent résonner la coque sous mes pieds. je fus projeté contre la couchette. Abasourdi, j'eus du mal à comprendre que l'eau s'engouffrait sous le plancher de la cabine. Là-haut, j'entends l'appel de Lyn et, presque en même temps, provenant du cockpit, un cri de Douglas : "des cétacés !" Tombant à genoux, je réussis à soulever le panneau de plancher. Je découvris avec horreur qu'entre deux des couples en chêne le bordé avait volé en éclats. Par une brèche, j'aperçevais la tâche bleue du pacifique. L'eau s'engouffrait à bord. "Sommes-nous en train de couler, Papa ?" "Oui, abandonnez le navire !" répliquai-je.

 

Jean-Marie Quiesse

 

https://www.amazon.fr/Survivre-lextraordinaire-odyss%C3%A9e-famille-Robertson/dp/B0000DO485

Les filles du vent - David lewis

Le Rehu Moana de David Lewis
Le Rehu Moana de David Lewis

 Ce fut  la première navigation autour du monde effectuée sur un catamaran, le Rehu Moana. C'est au cours du périple raconté dans cet ouvrage "les filles du vent" que David Lewis effectua pour la première fois, et avec succès,  la traversée  Tahiti-Nouvelle-Zélande en utilisant seulement les vieilles techniques polynésiennes de navigation aux étoiles. 

 

Amoureux de la mer, David Lewis effectua d'abord trois traversées de l'Atlantique. Le Rehu Moana fut ainsi le premier voilier multicoque à effectuer en 1964  la "Transat en solitaire". Par la suite ce marin hors pair se passionnera pour les régions australes.

 

Les Filles du vent sont le récit d'une passionnante balade familiale racontée avec précision et humour par un marin de légende, ami des plus grands, et de la mer.

 

Jean-Marie Quiesse  avec les ressources complémentaires de Wikipedia et association CIEL

 

Les filles du vent - Editions maritimes et d'outre mer 1969

Le dernier voyage de la Rosamond - h.  chevalier

1920. Haakon Chevalier nous conte l'histoire d'un grand voilier qui effectue son dernier périple avant la retraite. C'est aussi celle de deux jeunes américains de 18 ans qui y embarquent pour les vacances. Bien que ne possédant aucune expérience ils vont vite s’amariner et se faire adopter par un équipage de vieux loups de mer. De calmes plats en tempêtes, ils vont naviguer 10 mois de San Francisco au Cap en doublant le Cap Horn. Une histoire vraie, un récit palpitant plein d'embruns et de vie. Professeur de littérature il a vécu à Paris jusqu'en 1985.

 

Jean-Marie Quiesse

 

https://www.amazon.com/dernier-voyage-rosamond-Chevalier-Haakon/dp/B0000DOMNA

Le bateau qui ne voulait pas flotter- F. Mowat

Question de se rafraichir un peu, on vous avait déjà recommandé le Cercle celtique ou Entre ciel et terre, et bien voici un autre récit "culte", celui de Farley Mowat. Il conte avec saveur,humour et dans les détails la navigation sur la côte sud de terre Neuve et l'exploit d'une traversée vers Montréal.. Une croisière à déguster au soleil !

 

Ecologiste, grand ami des animaux et de la mer, deux bateaux portent son nom.

 

Petit extrait du savoir vivre à terre Neuve (principes à connaitre pour votre prochaine croisière)

 

"Dès qu'une bouteille est sur la table, elle doit être débouchée . Ceci «pour laisser entrer l'air dedans et chasser les vapeurs noires».

-Le second est qu'une bouteille débouchée ne doit jamais être rebouchée car, selon la croyance, «le contenu se gâterait». Aucune bouteille de rhum ne s'est jamais gâtée à Terre-Neuve , mais aucune n'ayant jamais été rebouchée, il n'y a donc aucun moyen de vérifier l'exactitude de cette croyance .

Le troisième et dernier principe est qu'une bouteille ouverte doit être bue aussi vite que possible »avant que tout le bon ne s'évapore».

 

Jean-Marie Quiesse

 

https://www.amazon.fr/bateau-qui-voulait-pas-flotter/dp/2842300335/ref=cm_cr_arp_d_product_top?ie=UTF8

Je connais des îles lointaines - Louis brauquier

Cet ouvrage réunit la totalité de l’œuvre poétique de Louis Brauquier, amoureux des navires et du monde maritime.  "j'aime les grands cargos arrêtés dans les rades" écrivait-il. Au fil des pages, ils vont et ils viennent ces bateaux : cargos, paquebots, chalands, voiliers. Au fil de pages ils vont et viennent, les navires rayés du contrôle des flottes, mais aussi les marins éperdus,  matelots, capitaines, les femmes, et surtout les amis. Agent des Messageries maritimes, Louis Brauquier " nomade de la poésie française", fut en poste à Sydney, Nouméa, Alexandrie, Djibouti, Shangaï et Diego Suarez. Mais c'est à Marseille que va toujours son cœur :

 

Toutes les puissances du globe

Sont là dans la ville maritime

Où débarquent, brûlent et passent

Les races multipliées...

 

Louis Brauquier chez Babelio

 

Jean-Marie Quiesse

 

Les archives du Livre de mer

Tempête de Pierre Humbourg,
Entre ciel et terre - Jon kalman Stefansson

Grandeur des îles - Odette du Puigaudeau

Sur les bancs - jean-Noël Duchemin

Ceux des tempêtes - André du Manoir

Rues secrètes - Pierre Mac Orlan

Libertalia ou le pirate de Dieu - Thomas Narcejac et Robert de la Croix

La vagabonde des mers - Ella Maillard

Dans le bleu - Gilbert Barnabé

Le cimetière des bateaux sans nom

Dictionnaire insolite des mots marins - Ph. Payen

La vrai vie de Long John Silver - Björn Larsson

Des racontars Arctiques - Jorn Riel

Les secrets de la mer Rouge - Henry de Monfreid

La véritable histoire de Moby Dick - n. Philbrick

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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